Dans le petit salon, faiblement éclairé, de lourds volutes de fumée tentaient de s'élever au dessus des tiges d'encens qui brûlaient, pour enfin se laisser glisser et serpenter sur les coussins du sofa. Sur un pouf, le chat, maître de la maison, semblait hypnotisé par le jeu de la fumée,ne se laissant pas même distraire par les bruits provenant de la chambre.

Danae s'activait.

Car ce soir, elle recevait. Il y avait au moins deux mois qu'aucun homme n' était venu dans son appartement. Il fallait y mettre la forme... toute sa soirée en dépendait.

Non pas qu'elle tenait particulièrement à ce que ce soit LUI. Mais bon, c'était le cas. IL n' était pas déplaisant au demeurant, plutôt beau garçon même. Un peu effacé peut être. Mais lumineux, d'une étrange façon. Son âme était belle... et lui donnerait un nouveau souffle.

Pour cela, il fallait que tout soit parfait.

Elle savait que la lourdeur de l'atmosphère, la chaleur de la pièce, les effluves entêtantes de l' encens joueraient en sa faveur. Peut être que Mërlin aussi les envoûtait, qui sait, avec ce chat tout était possible.

Depuis le début de l'après-midi, elle se préparait. Elle savait l'effet qu' elle avait sur les hommes. Elle savait aussi en jouer. Il n y avait pas grand chose à rajouter pour faire d' elle une femme fatale. Et pour en faire des proies parfaites. Mais elle avait son rituel.

Prendre un long bain délassant d'abord. Puis l'huile d'amande douce sur tout le corps. Une touche de parfum au creux du nombril et sur la nuque... un subtil parfum de mûre, gourmand. Elle se passait enfin un léger trait de khôl sous les yeux. Son regard, déjà envoûtant, était sublimé. Et pour parfaire le tout, une touche de couleur sur les lèvres. Parfaite Galathée d' un Klimt invisible.

Elle enfilerait son kimono au dernier moment.

En jetant une dernier regard au miroir, elle prit le temps de réajuster son bijou, posé sur ses cheveux. Étrange bijou s'il en est. On aurait dit un morceau de bois flotté, laqué, autour duquel gravitaient une myriade de petites boules luminescentes, sorte de petits feux follets incandescents qui tentaient de s'échapper et semblaient retenu par des fils imperceptibles.

Elle se sourit, satisfaite. Demain, elle le savait, l'éclat de son bijou serait ravivé.

Le carillon de la porte se fit entendre. Attrapant au vol son kimono, elle s'enveloppa avec et le noua d' une façon savamment négligée, puis ouvrit la porte.




Au petit matin, Danae s'éveilla, radieuse. Après s'être correctement étirée, elle se leva, accorda une caresse ou deux à sa majesté le chat, puis se tourna vers le miroir.

Son bijou ne la quittait jamais, surtout pendant une nuit mouvementée. Mais ce matin là, à cet étrange diadème, brillait un nouveau petit feu follet, le plus lumineux de tous, qui luttait de toutes ses forces contre un fil invisible.



Personne ne ressortait jamais de cette souricière...